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Chez Christine Reper
Sensible depuis toujours au pouvoir des mots et à ce qui leur échappe, j’essaie, dans mon travail artistique, de m’approcher de la fragilité des liens et des choses surgissant précisément de leur inéluctable disparition ; de cette faille qui habite en chacun de nous d’où s’élève un cri silencieux qui nous laisse infiniment seul, même au cœur de l’agitation la plus vive.
Pour cela, il me faut partir d’un lieu inconnu où s’évanouissent mes pensées. Laisser naître les tremblements du sens, espérant faire advenir quelques fulgurances. Se tenir au rien ou à l’infime vibration de ce qui se présente. Maintenir vivante l’angoisse et ses vacillations entre laisser-tomber et envol. Cultiver l’affleurement.
Puis déposer sur le papier les traces de ce qui reste : souvenirs, rêves ou impressions fugitives. Arracher au chaos de l’entrelacs des traits, des bribes de vie disséminées, éparses, fuyantes. Protéger l’équivoque. La cultiver parfois pour, autant que possible, ne pas en fermer la lecture, le questionnement, la respiration.
Dans ce voyage au pays de nulle part, vagabondant d’un point d’ignorance à l’autre, il peut arriver que des choses se disent. Au gré de mes tâtonnements surgissent alors dessins, photographies, techniques mixtes, collages, aquarelles et peintures à l’huile.